1. A la croisée de mon destin
Je me rends compte que ceux qui vont ouvrir le coffre dans lequel je renferme ces mémoires après ma mort - et j’espère qu’il y aura de nombreuses pages après celles-ci - pourraient si cela s’avérait être peu rempli, trouver présomptueux que j’y relate mon histoire.
Etant tenue au secret, je ne peux expliquer quels évènements m’amènent à penser que mon récit peut un jour devenir digne d’être lu. Tout ce que je peux écrire, c’est que durant mon service sous les ordres de Victor, j’ai fait une rencontre qui, je le pense profondément, est le signe que j’attendais pour savoir comment réaliser le destin d’héroïne que j'ai toujours ambitionné.
Mon quotidien ne va pas changer réellement pour le moment. Beaucoup de ce que je vais écrire va, je le crains, ne pas être de l’ordre de l’exploit. Au mieux la satisfaction d’avoir réussi une autre mission comme celles que j’ai déjà réalisées sous les ordres de Victor.
J’en ai fait quelques-unes unes au moment ou j’écris qui m’ont permis de tirer quelques enseignements.
J’ai pu constater que la diversité raciale et culturelle des personnes qui sont au service du mystérieux seigneur que je défends fait qu’il n’est pas toujours facile de savoir comment procéder pour que chacun puisse remplir son rôle au mieux. Dans mon groupe, nous étions plutôt nombreux. Il y a des chevaliers, des guerriers, des chasseurs, des Edains, des Barbares, des Atlantes… je crois que toutes les classes et peuples sont représentés. Il y a même des sorciers !
J’ai beau me méfier de ceux qui ne vénèrent pas Praïos, je suis bien obligée de me fier à leur jugement sur certaines décisions – même si je ne peux pas parler de confiance – car, j’ai pu le remarquer, l’ensemble de nos qualités est nécessaire pour la réussite de nos missions.
Pour l’instant, je n’ai rien fait d’extraordinaire. Nous avons assuré la sécurité d’un chargement qui devait être amené dans une des grandes villes du royaume. La mission s’est révélée sans encombres autres que l’attaque d’un griffon lors de la traversée de la forêt mais elle nous prit beaucoup de temps., Nous avons ensuite mené une expédition contre des Wargs qui menaçaient un des villages sur les terres du seigneur. Rien de bien remarquable sinon la recrudescence d’évènements étranges dans la région et d’attaques hostiles.
Ceux qui pratiquent l’astrologie disent qu’il est inscrit dans les étoiles que le temps d’un changement majeur est arrivé. L’époque actuelle est une époque incertaine où l’avenir est en train de se jouer et, sans nul doute, la mort de l'Écclésiarque du levant et l'avènement de l'ancien Écclésiarque du couchant là ou il y en avait deux en est le signe le plus marquant. J'ai, à cette occasion, été convoquée à Eshnar, la capitale du Lyris.
Ces journées de peine ont été éclaircies par l'adjonction d'une écuyère. Elle s'appelle Erika, c'est une carmélite de Sainte Catherine. Bien qu'elle ait à peine quinze ans, son intelligence lui a permis d'apprendre à manipuler mon harnois en quelques heures ! Si cette armure est celle qui me protège le mieux, elle est très encombrante et difficile à mettre sans aide. Erika est très douée pour la médecine et les sciences. Je suis vite perdue quand j'essaye d'avoir des discussions trop savantes avec elle mais j'apprécie d'avoir une écuyère d'une telle qualité. Je ne doute pas qu'elle deviendra rapidement une mère et j'ai à cœur de la préserver des dangers de mes futures aventures. Surtout qu'elle est très petite et fluette et visiblement mal à l aise dans son armure.
Je ne suis pas revenue au camp à mon retour d'Eshnar. J'ai me suis rendue avec d'autres religieux aux ruines d'Evereska qui appartiennent au seigneur. Ruines ou d'autres évènements inhabituels se sont produits, ce qui a confirmé mes premières impressions.
Des tribus d’hommes bêtes semblent se regrouper et avoir pour but d’attaquer les terres du seigneur. J’ai aussi entendu parler d’elfes qui menacent les terres. Un groupe de pisteurs et d’éclaireurs partis en forêt pour repousser les elfes a d’ailleurs fait la rencontre des deux : les elfes combattant notre groupe et les hommes bêtes qui eux même combattaient les elfes et nos troupes. J’étais restée au camp principal mais certains des membres de mon groupe, partis en renfort sur cette mission, me l’ont raconté.
De plus, ceux de mon groupe qui sont Hysnatons - personnes qui ont le sang de deux races différentes - et qui ont une partie bête en eux ont eu, il y a peu, des comportements agressifs. Heureusement cela n’a pas duré, mais c’est tout de même inquiétant.
Si je prend la peine de raconter ces évènements c'est qu'ils sont à l'origine de la rencontre qui motive ce récit.
J’ai eu, il y a seulement quelques jours, l’occasion d’avoir une explication sur les raisons de ces troubles. J’ai également eu l’opportunité de participer à l’écriture de l’avenir de notre peuple.
Il est de grandes causes à la source des petites. Je vais œuvrer directement pour la plus grande d’entre elle : Défendre et protéger la gloire de Praïos et de ses Eldars.
Je n’ai pas encore une vision certaine de ce qui se prépare et de ce que je vais pouvoir faire pour influencer le cours des choses, mais je sais que j’ai pris la bonne décision.
Demain, je vais changer de groupe. Je rejoins des gens qui ont fait le même choix que moi.
Un membre de mon groupe actuel les a d'ailleurs déjà rejoint. C''est un Thain Atlante. Un guerrier un peu étrange venu d’une île, comme un prêtre de chez eux sauf que c’est les éléments qu’il manie. Je n’arrive pas bien à comprendre comment il fonctionne. S’il a fait lui aussi ce choix, c’est qu’il doit avoir certaines valeurs.
Nos différences de cultures me font cependant présager que je vais trouver dans ce groupe des gens qui ont accepté ce que j’ai accepté pour des motivations différentes. J’espère qu’elles sont suffisamment puissantes pour les inciter à mener notre mission coûte que coûte.
Quoiqu’il arrive, je souhaite rester fidèle à mes préceptes :
« La foi guide ma main. Ma main guide le bouclier et l’épée.
Ingen Kodeord »